NGUYEN-DAO Anne

Anne NGUYEN-DAO

 
 
 

 
Photographe
 
invitée « A l’ombre des arbres » 2019
parcours photographique et entretien

 
 
 
 
La photographie est présente depuis longtemps dans mon histoire. Un oncle qui tenait une boutique de photo dans les années 40 à Hanoi ; mon père qui nous photographiait au quotidien avec un appareil Kodak, dont j’ai hérité vers mes 20 ans. J’ai fait mon premier reportage, sans savoir que c’en était un, avec cet appareil ; c’était aussi la période des labos-photos « maison » installés dans les salles de bain.

Dans les années 80, des études de langues à l’Institut des langues orientales (INALCO), puis traductrice, rédactrice, journaliste… Photographe autodidacte, à la faveur de rencontres avec des photographes. Une rencontre déterminante, en 2006 avec Philippe Cibille, photographe de presse, spécialisé dans la culture et le spectacle, connu pour ses clichés de jazz dans les années 80-90, puis pour son travail sur le cirque contemporain. Il devient mon « mentor » en photographie, et je me décide à m’aventurer plus sérieusement sur ce territoire de l’image.

Je photographie des objets, des œuvres d’art, des objets du quotidien… Je me suis mise à collectionner les images de ceux dont j’essayais me débarrasser, sans y parvenir, et ça donne plusieurs choses, que je raconte dans « Tej », des ensembles cousus de fil rouge.

La règle du jeu : consigner des éléments historiques de l’objet à jeter, le prendre en photo, le jeter.

Après quelques semaines de cette pratique, il devient évident que ce processus d’abandon des objets est beaucoup trop lent et contre-productif par rapport au but initial, qui était de parvenir à se débarrasser, parfois après… 30 ans (vertigineux !), d’objets dits « inutiles ». Il faut donc désolidariser temporellement la prise de vue et l’écriture.

La série « Tej » est en cours depuis plusieurs années, elle accueille maintenant des objets dont d’autres ont voulu se débarrasser, des végétaux…

« Une photo par jour »

Le jeu a été proposé par Jean-Michel Unger, sculpteur et sympathisant du Klub photo animé par Philippe Cibille.

Nous devions publier les photos de la semaine chaque dimanche sur la page Facebook du Klub.

A force de photographier et de publier sur le web, à force, à force, quelque chose finit par s’user et se craqueler. Cela vous pousse dans vos retranchements et vous oblige à vous reposer les deux trois questions sur le fait que vous prenez des photos. Cela vous amène à observer quels sujets vous photographiez. Cela vous fait toucher la distance troublante qu’il y a entre les images produites et les émotions qui vous occupaient juste avant que vous n’appuyiez sur le déclencheur.

Car à ce moment-là précis, on devient quelqu’un d’autre, plus fort, plus positif, plus grand, avec tous ses capteurs branchés sur le monde. À cet instant-là on est photographe, probablement.

Ce que l’on voit ici, ce sont les planches contact hebdomadaires des images publiées sur Facebook sur une période de 6 mois. C’est la dernière étape avant de les rendre publics, le moment des doutes, le moment où il faut accepter qu’on n’est pas tous les jours génial-e, le moment de plus grande frustration par rapport à l’outil Facebook qui n’est franchement pas un « embellisseur » d’images. Les planches contact sont imprimées sur une même bande de papier de 8 m de long, refermée en cercle.